(AUTO PRÉVENTION)
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L’heure de la retraite a sonné pour notre conseiller doyen chez Auto Prévention. Henri-Paul Fillion nous tire sa révérence après 38 ans de service. J’en ai profité pour avoir un entretien avec lui, afin d’en connaître davantage sur son parcours et sur les années d’engagement qui ont marqué sa carrière en prévention. |
Quand et comment ça a commencé pour toi chez Auto Prévention ?
HPF Ça remonte à l'été de 1987, lorsqu’une connaissance qui travaillait déjà pour Auto Prévention, m'a offert de me joindre à leur équipe puisqu’il y avait un poste ouvert comme conseiller en prévention. Un travail sur la route m'attirait, mais je ne voulais pas d’un travail de vente, c’était donc parfait. L’aventure a finalement débuté en novembre 1987 et se terminera à la fin du mois d’avril 2026, après 38 ans et demi de service.
Qu’est-ce qui t’a influencé à faire de la prévention dans les milieux de travail ?
HPF Lorsque j’étais tout jeune, mon père travaillait dans les mines; il était responsable d'une grosse équipe d'entretien au niveau des équipements. Malheureusement, j'ai été témoin de beaucoup d’accidents qui sont arrivés. J'avais toujours dit qu'un jour, je m'arrangerais pour aider les gens. Aider les gens, dans ma tête à cet âge-là, ce n’était sans doute pas de prévenir les accidents de travail comme tels, mais il y avait un désir d'aider les gens à être moins malades, à avoir moins d'accidents, à mieux vivre tout simplement. Et puis, il y a un livre qui m'a aussi influencé, que j'ai lu, qui s'intitule Perdre sa vie à la gagner. C'est un bon livre qui démontre que persuader et convaincre les gens (à croire en la prévention), c'est payant.
Quels étaient tes principaux défis au départ ?
HPF C'est sûr qu'au début, il fallait surtout se concentrer à faire connaître la règlementation, inciter les gens à faire de la prévention, et ce n’était pas évident. On cognait à une porte et la porte, bien, elle ne s’ouvrait pas. Petit à petit, les membres plus avant-gardistes ont entrouvert leurs portes et tranquillement, plusieurs portes se sont ouvertes ce qui nous a donné une chance de démarrer notre vrai travail sur le terrain. Nous avions enfin des exemples concrets de gens qui s’impliquaient en SST et pour qui ça fonctionnait. Les gens du milieu se connaissent et se parlent. Plusieurs ont par la suite compris qu’il y avait des avantages à mettre la prévention en avant-plan dans leur entreprise.
Comment se déroulait le travail d’un conseiller en prévention dans les premières années ?
HPF Je te dirais que ça a pris facilement 7 à 8 ans avant d’avoir des horaires plus organisés avec des clients pour différents services.
Heureusement, j’ai eu la chance d’assister aux interventions d’un inspecteur de la CSST à l’époque. Celui-ci m’avait offert de l’accompagner, ce qui faisait que je pouvais prendre le client en charge immédiatement à la suite de son intervention. Il me présentait comme une ressource intéressante à utiliser suite à son intervention; ça m'a ouvert énormément de portes. J’ai été très chanceux.
Les premières années étaient aussi une période pour le développement des contenus de formation. Nous n’avions qu’une offre de 4 ou 5 formations au départ. Nous offrions des formations très générales en SST. C’est à partir du début des années 90 que nous avons commencé à développer des sujets plus spécifiques.
Nous partions vraiment de rien. Les premiers petits dépliants, c'est nous autres (les conseillers) qui les avions conçus. Je fais allusion au premier petit document qui décrivait les services de l'association : c'est avec ça que nous allions faire du porte-à-porte. À l'époque, l'équipe n’était composée que de cinq conseillers en prévention et de deux conseillers en hygiène. Avec cette petite équipe, nous avons su développer de la documentation, rassembler l’information et concevoir les formations.
Pour nos premières formations en entreprise, on utilisait un « flip chart » et un carrousel de diapositives. Aujourd'hui, on présente des PowerPoint en présentiel et en ligne sur Teams. Ça a énormément changé au niveau technologique et pédagogique; c’est beaucoup plus dynamique aujourd’hui.
Henri-Paul à ses débuts (1988)
De quoi es-tu le plus fier de ta carrière ?
HPF D’avoir pris soin de mes clients. Dès le départ, c'était un objectif personnel que mes clients soient en tout temps satisfaits de mes services, et ce, peu importe leurs demandes. Mon approche consistait à m'assurer que tout ce que je faisais soit réalisé de façon paritaire. Je l'ai toujours fait. Parfois, j’avais des discussions seul à seul avec des directeurs de service, tout comme j’en avais individuellement avec des travailleurs. Mon message était le même, peu importe à qui je m’adressais.
Un geste qui m'a beaucoup appris sur le milieu, c’était d’aller faire un tour dans les ateliers pour avoir la chance de discuter avec des travailleurs. Ceux-ci ont su répondre à plusieurs de mes questions. J'ai rapidement réalisé que les travailleurs se sentaient valorisés lorsque je prenais la peine de les regarder effectuer leur travail et que je jasais de leur métier. C'était la même chose lors de mes formations.
Je me suis rendu compte que plus que les travailleurs intervenaient, plus ils ajoutaient de la valeur à la formation. Ils me corrigeaient, me rectifiaient au besoin et m’expliquaient leur réalité. Ces échanges constructifs ont été et seront toujours une ressource précieuse pour notre milieu.
Quel est le plus gros défi qui persiste encore aujourd'hui en santé et sécurité ?
Simplement, prendre le temps de mettre en œuvre la prévention. Malheureusement, ça passe encore trop souvent au second rang dans beaucoup d'entreprises. On en parle, on en jase, mais les bottines ne suivent pas toujours les babines. C'est le gros défi : réussir à s'assurer que les gens vont faire un suivi. C’est bien beau offrir une formation aux travailleurs; s’il n’y a pas de suivi, rien ne changera. C'est pour ça que j'essayais, lors de la conclusion de mes formations, de m'organiser pour que des responsables prennent des engagements à la suite des formations. Je demandais souvent : « Qu'allez-vous changer ? », « Que pouvez-vous changer ? », « Quand est-ce que vous allez le faire? » et « Comment allez-vous le faire ? ». C'était une façon de les faire réfléchir et de les pousser à passer de la parole aux actes.
Quel conseil donnerais-tu à la relève d'Auto Prévention, c’est-à-dire les nouveaux conseillers ?
HPF Allez dans les ateliers pour parler avec les travailleurs. Appliquez le paritarisme dans toutes vos interventions et rencontrez directement l'employeur au besoin. Quand vous voyez que le message de la prévention ne fonctionne pas pour une raison ou pour une autre, et que vous croyez que l’entreprise a un intérêt réel, il faut alors aller frapper à la bonne porte. Pour que la prévention fonctionne, ça doit d’abord partir d'en haut (la direction). C’est la meilleure façon de faire bouger les choses.
Également, c’est important de discuter avec les travailleurs. Ils connaissent les solutions, et ils connaissent les risques. Alors, faites-les parler : vous allez apprendre énormément avec eux. Planifiez du temps dans vos interventions pour avoir des interactions. Arrivez 20 à30 minutes d’avance lors d’une intervention et allez vous promener sur les lieux pour discuter et connaitre votre clientèle.
Qu'est-ce que ton métier t'a le plus appris sur toi-même ?
HPF Que j’ai une capacité à convaincre, à persuader les gens de prendre action. C'est sûr que l'expérience, au fil des années, m'a aidé à avoir plus d’assurance, mais je crois personnellement qu’on peut toujours trouver des solutions. C’est en persévérant qu’on y arrive.
Qu'est-ce qui te manquera le plus de ton travail une fois à la retraite ?
Le contact client, c'est bien sûr. Tous les jours, j’étais avec des clients. La tape dans le dos au travail, elle nous vient du client : c’est valorisant pour nous. Je tiens, en mon nom et celui de tous mes collègues, à remercier Henri-Paul pour toutes ces années de dévouement au sein d’Auto Prévention et à lui souhaiter une merveilleuse retraite. C’est amplement mérité!
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Jonathan FortierConseiller en prévention |
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