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Main-d’œuvre au rabais, facture SST salée

Main-d’œuvre au rabais, facture SST salée
(SHUTTERSTOCK)

La pression pour réduire les coûts et trouver de la main-d’œuvre est de plus en plus forte. Pour y parvenir, certains employeurs ont recours à des solutions de contournement : faux travailleurs autonomes, emplois précaires ou emploi d’étudiants.  

En employant une main-d’œuvre au rabais, on accroît non seulement les risques d’accident pour ces travailleurs vulnérables, mais aussi pour les personnes qui interagissent avec eux au quotidien. Bref, chaque dollar économisé se transforme tôt ou tard en facture salée pour les travailleurs et pour la société. 

Des salariés déguisés en travailleurs autonomes 

Engager des personnes comme travailleurs autonomes, alors qu’en réalité, elles sont des salariées, c’est ce qu’on voit avec le stratagème Chauffeurs inc. Au lieu d’un véritable voiturier-remorqueur (broker) qui offre un service de transport, avec son propre camion et qui paie les frais inhérents (à son entretien, aux assurances, au carburant), on se retrouve avec un conducteur incorporé qui ne dispose pas de camion, mais propose ses services à une entreprise en tant que voiturier-remorqueur indépendant. Il exerce son métier avec les camions de cette même entreprise (souvent de vieux camions mal entretenus), comme si c’était un employé. 

Pour l’employeur, l’objectif est clair : réduire ses « coûts d’opération » et les charges sociales, éviter de cotiser à l’assurance-emploi, au régime de retraite et… à la CNESST. Bref, c’est transférer les risques et les coûts sur le dos du travailleur et sur la sécurité des usagers de la route. 

Des impacts réels sur la santé et la sécurité 

Quand un travailleur est considéré comme « autonome » alors qu’il ne l’est pas, les impacts sur la SST sont immédiats : 

  • Formation insuffisante : les travailleurs ne connaissent pas les réglementations, les obligations de leur employeur, mais aussi leurs droits en matière de SST. 
  • Équipements de protection négligés : certains « pseudo-autonomes » doivent payer eux-mêmes leurs EPI, ce qui entraîne des compromis dangereux. 
  • Précarité d’emploi : un travailleur pourrait être réticent à signaler une situation dangereuse, par peur de perdre son emploi. 
  • Augmentation du risque d’accident : entretien déficient des véhicules, manutention de pièces lourdes, exposition aux produits chimiques, interventions routières à risque — autant de tâches critiques où la prévention est essentielle. 
  • Pression psychologique : l’insécurité financière, la pression de continuer le travail malgré la fatigue, la peur de perdre ses contrats et l’absence de protection sociale alimentent le stress et l’épuisement. 

Ces conditions créent un climat où la SST passe au second plan, augmentant ainsi la probabilité d’accidents graves et de blessures. 

D’autres formes de main-d’œuvre au rabais 

Les faux travailleurs autonomes ne sont qu’une partie du problème. Il existe d’autres pratiques qui fragilisent les droits, la santé et la sécurité des travailleurs, comme : 

  • Le travail au noir ou les contrats payés en argent comptant : aucune traçabilité, aucun droit de recours en cas d’accident. 
  • La sous-traitance en cascade : plus il y a d’intermédiaires, plus il est difficile de savoir qui est responsable de la prévention, mais aussi de l’indemnisation en cas d’accident. 

Dans tous les cas, un même constat s’impose : ces pratiques abaissent les standards québécois en matière de santé et sécurité du travail. 

Profiter de travailleurs en situation de vulnérabilité 

La main-d’œuvre bon marché est souvent associée aux travailleurs issus de l’immigration et aux personnes en situation de vulnérabilité. Nouvellement arrivés au pays, plusieurs acceptent des emplois précaires, parfois sans connaître pleinement leurs droits en matière de SST. Barrière de langue, peur de perdre leur emploi ou dépendance à un statut migratoire peuvent les empêcher de dénoncer des conditions dangereuses. On retrouve également des personnes à faible revenu, des jeunes travailleurs ou encore des individus en situation de handicap. Cette fragilité accentue leur exposition aux accidents de travail et complique l’application des mécanismes de prévention. 

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Prévention et bonnes pratiques de gestion : un choix payant 

La véritable économie se trouve dans la prévention, pas dans les stratagèmes. Voici quelques pistes : 

  • Reconnaître les travailleurs comme tels : respecter les lois du travail et appliquer les règles SST à tous, sans exception. 
  • Offrir les formations nécessaires : chaque travailleur doit être préparé aux risques réels de ses tâches. 
  • Fournir les équipements de protection individuelle : casques, gants, lunettes, vêtements de haute visibilité… aux frais de l’employeur. 
  • Collaborer avec les partenaires : associations patronales, syndicats, mutuelles de prévention et les conseillers d’Auto Prévention. 
  • Valoriser la main-d’œuvre : de bonnes conditions attirent et retiennent les talents, au lieu de miser sur la précarité. 

L’utilisation de main-d’œuvre au rabais mine non seulement les droits des travailleurs, mais aussi la sécurité du public et des clients. La prévention et la reconnaissance des obligations légales doivent primer sur les économies de façade. 

 

Samuel Laverdière

Conseiller en hygiène industrielle  

 

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